SANCTUARY V de BUDD SCHULBERG  
 
 

 

PRIX LITTERAIRE

 

 

Le Jury du 31ème Prix Littéraire du Festival du Cinéma Américain de Deauville, composé de Frédéric Beigbeder, Gilles-Martin Chauffier, André Halimi, Jean-Claude Lamy, Eric Neuhoff et Gonzague Saint-Bris, décernera le jeudi 8 septembre son prix à Budd Schulberg pour l’ensemble de son œuvre et son ouvrage intitulé Sanctuary V, publié aux Editions Bernard Pascuito. L'auteur sera présent à Deauville pour recevoir son prix.

 

 

Agé de 91 ans et pourvu d’une condition physique et intellectuelle réconfortante, Budd Schulberg ne cesse de travailler. Il adapte ses œuvres : Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? avec l’acteur-réalisateur Ben Stiller et Sanctuary V avec Charles Randolph. Le film sera tourné au Brésil en janvier prochain. Il écrit également le scénario du prochain film de Spike Lee sur les milieux de la boxe pendant les J.O. en Allemagne.

 

 

Budd Schulberg répond avec force aux questions de André Halimi, Co-fondateur et Délégué Général du Festival.

 

 

 

 

La plupart de vos films / livres ont un caractère polémique. Néanmoins, n’est-ce pas se battre contre des moulins à vents quand on dénonce le milieu de la boxe, les syndicats des dockers et l’industrie du cinéma ?

 

 

J’ai toujours considéré qu’un écrivain, qu’il soit scénariste, dramaturge ou romancier, se doit d’être plus qu’un simple animateur ou artiste. Je crois qu’il  a l’obligation de dénoncer ce qu’il  pense être les points faibles de notre société.

 

 

Sur les Quais (On the Waterfront) le film dont j’ai écrit le scénario pour Elia Kazan, a énormément aidé le milieu des dockers à se débarrasser du ‘’shape-up’’ cette méthode inhumaine qui consiste à louer les dockers. Même la ‘’Bi-state Waterfront commission’’ m’a affirmé que Sur les Quais avait été un puissant argument pour la création des commissions nécessaires. La Forêt Interdite (Across the Everglades) que j’ai écrit, co-réalisé et co-produit (sans être crédité) avec mon cher et très engagé, frère Stuart, n’a malheureusement pas réussi à protéger ces milliers de kilomètres de marécages situés au sud de la Floride de l’avidité des entrepreneurs immobiliers ou des agriculteurs industriels. Toutefois, les volontaires qui se battent pour préserver ce qui reste de sa faune et de sa flore uniques, utilisent ce film pour rassembler de nouveaux militants.

 

 

Je ne prétends pas être le seul réformateur de la boxe, et je ne m’attends pas à voir les boxeurs protégés comme j’aurais voulu qu’ils le soient tout au long de mon combat. Je pense cependant, que mon roman adapté au cinéma, Plus dure sera la chute (The Harder They Fall) met en évidence les problèmes et aujourd’hui encore, à chaque fois que je couvre un grand événement de boxe, je milite en faveur des réformes dont ce sport a désespérément besoin.

 

 

Prenons l’exemple d’Un homme dans la foule (A Face in the Crowd) dont j’ai écrit le scénario pour Kazan. Dans ce film, notre système démocratique se trouve menacé par un personnage d’extrême droite, méga star de la télé. Ce film était un avertissement et tirait la sonnette d’alarme face aux  failles de notre système électoral. Là encore, il ne s’agit pas de se battre contre des moulins à vents, mais plutôt contre des menaces bien concrètes. 

 

 

Il en fut de même avec Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? (What Makes Sammy Run?) Je n’espérais pas réformer les aspects diaboliques du système hollywoodien. Mais en grandissant là-bas, j’étais aux premières loges pour observer à quel point ce milieu pouvait être corrompu. Au fil des années, beaucoup de gens sont venus me dire combien ce livre les avait aidés à conserver leur intégrité dans le monde de Sammy Glick.

 

 

 

 

Vous aimez bien rentrer « dans le lard » de certaines choses. N’avez vous pas épargné le milieu de la presse et pourquoi ?

 

 

Une seule vie ne suffirait pas pour guérir tous les maux du monde. Je me suis attaqué aux extrêmes et aux modèles de dictature dans Sanctuary V.

 

 

Ma réaction face à l’enfer du racisme fut d’aller à Watts pour créer un atelier d’écriture : le Watts Writer’s Workshop, et de publier Des cendres, les voix de Watts (From the Ashes, the Voices of Watts).  De nouveau, mon frère Stuart et moi, avons été récompensés par un Emmy pour notre film Les voix en colère de Watts (The Angry Voices of Watts).

 

 

Il ne manque pas de ‘’vaches sacrées’’ à affronter aux Etats Unis. Peut-être que si je vis suffisamment longtemps, je pourrai m’attaquer à la presse, ses richissimes manipulateurs et ses héros.

 

 

 

 

Vous avez écrit des scénarios puissants. Pourquoi ne les avez-vous pas réalisés vous-même ?

 

 

Depuis mon adolescence je me suis toujours considéré comme un écrivain et j’aime tous les aspects de l’écriture. L’unique fois où je me suis retrouvé responsable de la réalisation d’un film, c’est lorsque j’ai remplacé Nick Ray, trop malade pour continuer, alors même que nous étions pris à la gorge par une compagnie de quatre-vingts personnes au fond des Everglades.

 

 

Une autre fois, Kazan m’a délégué la direction de quelques scènes avec une seconde équipe pour gagner du temps lors du tournage d’Un homme dans la foule.

 

 

Et j’ai également réalisé un film d’espionnage durant la seconde guerre mondiale quand j’étais dans l’unité John Ford dans l’OSS (Offices of Strategic Services, précurseur de la CIA), mais ce qui m’a vraiment empêché de devenir réalisateur c’est le temps qu’il faut pour monter un film, souvent six mois ou plus. Stuart et moi l’avons fait pour La forêt interdite, Nick étant incapable de reprendre, mais j’aurais préféré être sur un prochain projet d’écriture plutôt que passer tout ce temps dans la salle de montage.

 

 

 

 

SANCTUARY V

 

 

Sitôt renversé le régime qui l’avait livrée au pillage des industriels nord-américains, une république d’Amérique Latine est tentée par une nouvelle aliénation : le chef de guerre Angel Bello pèse de tout son charisme pour préparer un rapprochement avec Moscou, sans que le Président intérimaire, Justo Moreno Suárez, ne trouve la résolution de lui barrer la route et de le ramener aux idéaux pour lesquels ils ont combattu côte à côte.

 

 

Presque aveugle aux purges qui déciment la vieille garde, confiant que, malgré les apparences, le nouveau pouvoir partage son attachement à la légitimité constitutionnelle, il attend d’être averti de son arrestation imminente pour chercher refuge dans une ambassade avec sa femme et sa fille.

 

 

Au ‘’sanctuaire’’, sa cohabitation forcée avec les tortionnaires qu’il espérait à tout jamais chassés de son pays, ses retrouvailles avec d’anciens alliés sacrifiés à la nouvelle ligne, l’enfer d’un quotidien sordide, les tractations mercenaires de la diplomatie lui ouvrent les yeux sur le destin commun des peuples, toujours soumis au gran chingón, à la raison du plus fort. Après avoir obtenu pour sa famille l’exil aux Etats-Unis, il se laisse prendre au piège d’une fausse réconciliation avec la révolution belliste et doit affronter seul un internement peut-être définitif sur l’Isla de las Barricudas, séjour des dissidents politiques et des ennemis de la patrie.

 

 

 

 

BUDD SCHULBERG

 

Né à New York en 1914, Budd Schulberg est l’un des derniers grands écrivains d’Hollywood, celui dont la carrière de romancier se croise et se confond avec les succès de cinéma. Plusieurs de ses écrits ont connu la consécration hollywoodienne. « Sur les quais », un film d’Elia Kazan avec Marlon Brando, lui a valu l’Oscar du Meilleur Scénario en 1955; « Plus dure sera la chute », de Mark Robson avec Humphrey Bogart, est devenu un film culte.

 

 

A 26 ans, il publie son premier roman Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? Toujours considéré comme son chef d’oeuvre même si d’autres grands livres ont jalonné sa carrière. Après la seconde guerre mondiale, il se remet à écrire et publie de nombreuses nouvelles. En 1947, paraît Plus dure sera la chute puis en 1950, Le désenchanté, inspiré de la déchéance de Francis Scott Fitzgerald. Il obtient un nouveau succès avec son roman Sur les quais, paru en 1956, et continue de publier des nouvelles et d’écrire des scenarii. Budd Schulberg vit actuellement à Long Island, près de New York.

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

1941    WHAT MAKES SAMMY RUN? (Qu’est-ce qui fait courir Sammy ?)

 

 

1947    THE HARDER THEY FALL (Plus dure sera la chute)

 

 

1950    THE DISENCHANTED (Le désenchanté)

 

 

1953    SOME FACES IN THE CROWD

 

 

1956    WATERFRONT

 

 

1967    FROM THE ASHES: VOICE OF WATTS (Des cendres, les voix de Watts )

 

 

1971    SANCTUARY V

 

 

1972    LOSER AND STILL CHAMPION: MUHAMMAD ALI

 

 

THE FOUR SEASONS OF SUCCESS

 

 

1975    SWAN WATCH

 

 

1980    EVERYTHING THAT MOVES

 

 

1981    MOVING PICTURES; MEMOIRS OF A HOLLYWOOD PRINCE

 

 

1989    LOVE, ACTION, LAUGHTER, AND OTHER SAD TALES

 

 

1995    SPARRING WITH HEMINGWAY